Le Crowdfunding est-il une aubaine pour les auteurs ?

Posted By: LEO Admin In: Conseils aux auteurs On: mardi, janvier 12, 2016 Comment: 0 Hit: 2947

Aujourd’hui nous vous proposons de faire le point sur les offres de Crowdfunding.

Les nouveaux apports du numérique ont permis une diversification des offres de publication proposées aux auteurs. Difficile d’y voir clair, de nombreux pièges sont à éviter comme nous l’avons déjà évoqué dans notre article « Bien choisir son éditeur » dans lequel nous avons présenté la différence majeure entre une édition à compte d’auteur et une édition à compte d’éditeur. Aujourd’hui nous vous proposons de faire le point sur les offres de Crowdfunding.

Qu’est-ce que le Crowdfunding ?

Terme anglo-saxon que l’on peut traduire par « financement participatif ou collectif ». Cette approche permet de financer n’importe quel projet en faisant appel à la générosité des internautes – mais aussi le plus souvent de son propre réseau : amis, famille, etc. Chaque projet peut donc cumuler de petits investissements afin de le financer dans son intégralité. Cette solution paraît pertinente pour ceux qui auraient des difficultés à décrocher un crédit auprès des banques ou, dans le cas qui nous intéresse, les auteurs qui n’auraient pas retenu l’attention des éditeurs. Il peut arriver que certains auteurs, par ce modèle, mettent en avant plusieurs revendications parmi lesquelles « c’est le seul moyen d’éditer des ouvrages en dehors des critères commerciaux », « pourquoi seulement les maisons d'édition seraient-elles autorisées à publier ? » ou encore « éditer par souscription, c’est défendre une œuvre non réécrite par un investisseur », des raisons qui s’entendent, même si tous les éditeurs ne sauraient faire l’objet de ces raccourcis.

Ce concept existe depuis longtemps dans le domaine caritatif et est de plus en plus utilisé par les producteurs de cinéma indépendants. De nombreux modèles ont vu le jour pour répondre à un large panel de besoins : journalisme citoyen, artistes souhaitant se faire connaître, campagnes politiques, etc. Les réussites les plus médiatiques proviennent du monde de la musique comme le montrent les succès d’artistes tels que Irma ou Grégoire, découverts et financés par les internautes.

Rien n’est joué d’avance !

La majorité des modèles reposent sur une somme à atteindre pour une période définie se situant le plus couramment aux alentours de 90 jours. Si à l’issue de ce temps alloué, la somme visée n’est pas atteinte, le projet perd l’ensemble de ses microfinancements qui retournent alors dans la poche de leurs donateurs. Nous ne disposons pas du ratio de conversion des projets proposés en projets réalisés mais vu le nombre de plateformes de crowdfunding qui – en raison de la crise – se développent à vue d’œil, il est facile de deviner que la multiplicité des projets entraîne une dissémination des dons, ce qui accroît le risque, pour un projet donné, de ne pas être financé.

Assurément plus de visibilité… mais à double tranchant.

Grâce aux réseaux sociaux et aux communautés en ligne, il devient aujourd'hui facile et peu coûteux de rassembler un grand nombre de personnes prêtes à soutenir des projets. C’est donc par ce biais que se joue le gros du financement, mais aussi la crédibilité de l’auteur qui s’engage dans une course contre la montre pour ne pas être discrédité.

En effet et étant donné que la solution est présentée comme simple et très efficace, l’auteur qui ne parvient pas à atteindre ses objectifs risque de s’en trouver déprécié. A l’inverse, un auteur qui remplit très vite sa jauge peut se targuer d’avoir un projet très prometteur car plébiscité, et bénéficie donc d’un intérêt accru.

C’est pourquoi, afin de générer la meilleure image possible, l’auteur en phase de crowdfunding va amorcer une campagne de démarchage très intensive, et dans bien des cas, troquer son image d’auteur attachant contre celle de commercial oppressant, voire agressif, y compris auprès de son entourage.

En fin de compte, certains auteurs ne parviendront pas à vendre leur projet malgré leurs efforts – l’aptitude à démarcher n’étant pas donnée à tout le monde. Il ne leur reste plus qu’à investir leur propre argent et/ou celui de leurs proches pour ne pas se retrouver en situation de « laissé pour compte » très embarrassante.

Une solution gratuite ?

A première vue, le crowdfunding est un système gratuit pour l’auteur puisque ce sont les investisseurs particuliers qui financent son projet/son livre. Or, en ce qui concerne les modèles que nous avons étudiés dans le cadre de cet article, il n’en est rien. Les commissions varient selon le site, aux alentours de 10 % de la somme collectée. En effet, comme nous le disons régulièrement aux auteurs, en dehors de l’édition à compte d’éditeur, il en sera toujours de votre poche (ou de celle des autres). Les solutions miracle n’existent pas !

Peut-on y perdre ?

Outre son amour-propre et le temps passé à démarcher inutilement en cas d’échec, il se peut également que vous perdiez votre fan club à tout jamais, lequel pourrait être séduit au dernier moment… par un autre projet qui lui semblerait plus attractif ! Ainsi, vous pouvez devenir à votre insu apporteur d’affaires pour vos concurrents.

Il est à noter également – pour la majorité des plateformes de crowdfunding –, qu’en cas d’échec, les coordonnées des personnes qui se sont inscrites sur le site pour vous soutenir restent dans la base de données de la plateforme (sauf si ces personnes font une demande expresse de suppression de leur compte). La plateforme peut donc régulièrement solliciter ceux qui n’avaient d’yeux que pour votre projet, et les envoyer vers d’autres horizons…

Le financement, seule clé du succès ?

Comme nous l’avons dit plus haut, certains porteurs de projets ont la chance d’être financés. Mais quel accompagnement propose ensuite la plateforme de crowdfunding ? Certes, l’auteur touche une certaine somme, mais quelle est la plus-value pour lui ? Bénéficiera-t-il de davantage de reconnaissance ? D’un lectorat attentif et fidèle ?

Pour beaucoup de plateformes, le travail s’arrête au financement – comme c’est le cas des plateformes de crowdfunding généralistes. Et pour cause : vu la multitude des projets menés, il est difficile de proposer des services professionnels adaptés à chacun, d’autant que ce qui prime avant tout, c’est le nombre croissant de projets réalisés afin que la plateforme puisse se démarquer de ses concurrentes. Dans le cas des plateformes spécialisées, des offres sont proposées, mais elles restent le plus souvent évasives. Prenons l’exemple de la correction, de loin l’intervention la plus coûteuse mais aussi la plus importante pour la crédibilité d’un auteur ! Pour bien comprendre ce qu’inclut ce travail, nous vous invitons à lire notre article « Bien choisir son correcteur ». La plupart des plateformes de crowdfunding n’en font pas mention ou bien ne précisent pas le degré d’intervention ni le nombre de correcteurs impliqués. Nous ne le répéterons jamais assez : posez les bonnes questions, soyez curieux, allez au-delà des apparences, c’est votre seule responsabilité en tant qu’auteur !

Ensuite, il faut aborder le cœur du problème : tous les projets financés continuent l’aventure. Etant donné que le seul critère de sélection est le rassemblement de la somme demandée, il n’y a pas d’éditeur (dans le cas où le projet concerne l’édition d’un livre) qui vous aura choisi parce qu’il aura décidé de porter votre talent ! La plateforme qui vous accompagne s’en remet à « la masse qui aura soutenu votre projet », quand bien même cette masse ne serait composée que de votre seule famille, voire de vous-même ! Difficile dans ces conditions de pouvoir concrètement faire valoir la qualité objective de votre œuvre.

Si beaucoup de plateformes de crowdfunding jouent avec les mots et se présentent comme des éditeurs, posez-leur seulement la question : faites-vous concourir vos auteurs à l’occasion de prix littéraires ? N’est-ce donc pas étrange que de vouer sa vocation à la réussite des auteurs et de ne rien tenter pour faire valoir leur talent et susciter la reconnaissance du lectorat ?

En conclusion

Une nouvelle fois aucune méthode miracle n’existe. Il est impossible d’apporter un jugement objectif global. Comme dans chaque modèle proposé, il y a des plateformes gérées par des personnes passionnées et sérieuses, mais qui sont loin d’être représentatives de la majorité de l’offre existante. Il faut prendre le temps de se renseigner, de creuser les offres, d’aller au-delà des avantages immédiats que l’on vous présente sur un plateau. Trier est nécessaire pour éviter toute déception. Faites les comptes, non pas de ce que vous pourriez économiser, mais de ce que votre négligence pourrait vous coûter, y compris en termes de relations personnelles. Ne vous amputez pas, cultivez votre désir de vous réaliser par l’écriture. Ne vous privez pas non plus de la qualité de votre réseau relationnel et familial. Le prix que vous consentiriez à payer en frais de crowdfunding ne serait-il pas mieux investi autrement ?

En dehors du crowdfunding, il existe certaines offres payantes pour les autoédités. De même qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, un devis ou des offres concrètement formulées valent parfois bien mieux que des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient…

C’est pourquoi iPagination Editions, ne pouvant publier tous ses auteurs, est en quête de partenaires dans la très lucrative « offre intermédiaire à l’édition à compte d’éditeur », ce qui permettra concrètement aux auteurs de faire leurs premiers pas sans déconvenues, avec l’assurance d’avoir ce qui leur aura été promis… en toute transparence.

La réalisation de cet article repose sur les témoignages de notre réseau, n’hésitez pas à le commenter ou encore le compléter par votre propre expérience.

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